Léauthier l’anarchiste

Avant même d’entrer dans l’ouvrage, l’auteur nous préviens : nous n’ouvrons pas un roman historique. Les faits, les propos, les expériences rapportés ici ont laissé des traces dans les journaux, les archives administratives, les témoignages des détenus…. Le parcours de Léon Léauthier d’ailleurs, ne se prête pas à celles d’un personnage de roman : pas d’intrigues, pas de suspense, l’anarchie et les anarchistes de la fin du XIXe siècle sont sévèrement réprimés par ce pouvoir qu’ils maudissent.

Pourtant l’histoire de Léauthier nous est contée. C’est à travers elle et dans un style sans fioriture que l’auteur nous plonge au cœur de la société inégalitaire du XIXe. Misère sociale, justice de classe, répression politique et enfer carcéral : Léauthier est un homme de son temps, un de ceux qui luttent pour le changer.

L’auteur nous emmène dans le monde ouvrier du XIXe siècle. Le rapport à la famille, les déplacements géographiques des artisans, la vie au jour le jour, la rémunération du travail à la pièce, les aléas des repas ; en face, la bourgeoisie, sa bedaine et l’odeur nauséabonde de l’argent qu’elle vole aux travailleurs.

Un soir, Léauthier plante un bourgeois. Rendez-vous au tribunal, théâtre de la justice des riches sur les pauvres, de celle des tenants du pouvoir contre ses opposants. On suit le procès dont l’auteur cherche à nous restituer du mieux possible la version la plus probable. A force de confronter les sources journalistiques soumises à une république en quête de stabilité, l’intérêt devient finalement la compréhension des enjeux qui poussent à réécrire les dires, à reformuler les dialogues.

L’anarchie fait peur. Si la justice de la république ne condamne pas à mort alors elle envoie au bagne colonial à perpétuité. Commence alors un voyage en Guyane, court voyage au bout duquel se meurent l’anarchiste Léauthier et tant d’autres. La violence d’Etat, légitimée par une redondante parodie de justice, aura eu raison de l’Anarchie.

Malgré quelques imprécisions historiques, l’auteur embarque aux cotés des anars du XIXe, nous emmène sur les rivages de cet état insurrectionnel permanent, restituant leur sincérité, leur détermination, leur volonté, et leur massacre.

 

Yves Frémion, Léauthier l’anarchiste. De la propagande par le fait à la révolte des bagnards (1893 – 1894), Montreuil, L’Echappée, 2011.

249 pages/ 17,30 euros