L’art de voler

À 90 ans, un homme se jette par la fenêtre de la maison de retraite. Dans cette bande dessinée qui tient du roman graphique, l’auteur réhabilite la mémoire de son père à partir des souvenirs épars qu’il a laissé, couchés sur le papier. Dans la préface de l’édition espagnole, Antonio Martin écrivait que « (…) pour la première fois dans l’histoire de la bande dessinée espagnole, une œuvre s’adresse de façon délibérée et radicale à un public mentalement mûr, à des lecteurs qui ne lisent pas simplement pour se divertir, à travers une histoire qui possède la dimension et l’étoffe d’un roman. ». Et c’est peu dire que l’oeuvre est saisissante.

À la première personne, nous suivons Antonio de son enfance rurale à l’éveil politique au lendemain de la proclamation de la république en 1931. Puis vint la guerre civile. Mobilisé chez les franquistes, il déserte à la première occasion et rejoint la colonne Durruti. Nous vivons avec lui les combats contre les troupes franquistes, l’exil, la résistance en France. Puis la terrible désillusion de ces espagnols qui se sont battus pour libérer un pays qui les considère comme étrangers, la fin de l’espoir d’une intervention alliée en Espagne. Commence alors une tentative de survie, en tirant un trait sur ses idéaux et ses espoirs. Mais après une vie de lutte, Antonio Altarriba ne se remettra jamais complètement de ce renoncement douloureux. Lui qui s’était battu pour vivre libre, souhaitait le rester jusqu’au bout. Et enfin reprendre le contrôle de sa vie, à l’aube de sa mort.

Les éditions Denoël (groupe Gallimard) proposent une traduction de la version espagnole parue en 2009 chez les Edicions de Ponent sous le titre El Arte de Volar.

Dans un style émouvant servi par un dessin précis qui sait allier humour et émotion, l’auteur rend un magnifique hommage posthume à son père.

 

Antonio Altarriba/Kim, L’art de voler, Denoël Graphic, Paris, 2011, Traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco