Entretien avec Dubamix

Entretien réalisé en Janvier 2012. Propos recueillis par Aurélien

Salut, pour commencer peux-tu te présenter ?

Je suis un musicien, saxophoniste depuis une quinzaine d’années. J’ai été formé à l’école « classique » (conservatoire, solfège, puis fac de musicologie) mais je me suis assez rapidement passionné pour le jazz, puis pour le reggae… Par ailleurs, je suis prof, militant à la CNT depuis quelques années…

Comment est né le projet Dubamix ?

Le projet Dubamix est né en 2004, quand j’ai découvert quelques logiciels permettant de faire de la musique assistée par ordinateur (MAO).

J’ai été fortement inspiré par le reggae. Le reggae et la sphère musicale qui l’entoure (dub, rocksteady, ska, …) sont de loin les styles de musique qui me font le plus vibrer. Je fais partie, depuis 2003 du groupe de reggae Lion Stepper. La rencontre et le jeu avec d’autres musiciens m’ont appris à apprécier d’autant plus cette musique et à me concentrer non plus sur la question « technique » comme j’avais été formé au conservatoire, mais sur la question du groove, ce qui va nous faire bouger.

J’ai alors essayé de recréer ce groove avec un ordinateur. Evidemment, le groove sur ordinateur est très différent du groove produit par un groupe avec instruments, mais il n’en est pas moins intéressant. De plus, le travail sur ordinateur me permet d’utiliser le dub comme trame de fond pour y remixer des extraits de musiques de styles différents (classique, jazz, chanson, rap, musiques tsiganes,…).

Dès le début, j’ai souhaité faire des musiques en téléchargement gratuit et y diffuser un message militant, libertaire. Est assez rapidement venue l’idée de sampler des extraits de discours d’hommes politiques, de créer des rythmes avec leurs paroles (« il n’y a pas de c’que vous appelez les pauvres »). Je ne voulais pas les détourner, mais simplement mettre en évidence certaines absurdités ou alors le caractère totalement réactionnaire, liberticide de la politique du gouvernement depuis de nombreuses années.

Ta musique est téléchargeable gratuitement. Grâce aux cachets faramineux que tu touches quand tu te produits en concert ?

Pas vraiment… ! En général on joue surtout dans des lieux militants, pour soutenir des initiatives de lutte ou des associations qui se battent sur le terrain. Du coup, on joue très souvent sans prendre de cachet…

On peut en effet télécharger gratuitement toutes les musiques du projet Dubamix sur le site web (http://www.dubamix.net) et sur les réseaux de p2p (torrent, emule, …) car mon premier souhait est que tous ceux qui le désirent puissent écouter ces musiques, les faire tourner autour d’eux, les passer dans les manifs, etc… Je ne fais pas le projet Dubamix pour en vivre ! Je peux me le permettre car j’ai un métier à côté qui me permet de gagner ma vie et d’avoir assez de temps libre pour me consacrer également à ce projet…

Mais comme ce projet a néanmoins un coût (fabrication des CD’s, achat de matériel, stickers, etc…) on donne la possibilité aux gens qui le peuvent de nous soutenir en faisant un don à prix libre, en achetant un CD, un t-shirt, … Pour ceux qui seraient intéressés pour faire connaître Dubamix, mais qui ne peuvent pas mettre de thune, on peut leur envoyer des stickers gratuitement (formulaire sur le site).

Le choix de la licence Creative Commons, cela s’inscrit dans une réflexion sur le droit d’auteur, la marchandisation de la culture ?

Oui tout à fait. Je pense que la musique, et de façon plus générale la culture, est faite pour être partagée et ne doit pas rester figée.

De tout temps, les musiques se sont influencées mutuellement, et se sont ainsi enrichies. Par exemple, de nombreux compositeurs « classiques » (Haendel, Brahms, Bartok, mais également des compositeurs de messe pendant le Moyen Âge …) se sont appuyés sur des mélodies populaires pré-existantes afin de créer de nouvelles œuvres. La question du droit d’auteur ne se posait pas ! Combien de musiques n’auraient pas vu le jour s’il y avait eu les mêmes restrictions qu’aujourd’hui ?

La licence Creative Commons BY-NC-SA permet justement d’autoriser l’utilisation de mes musiques par d’autres musiciens (ou bien par des vidéastes) s’ils respectent les conditions suivantes : BY : Attribution // NC (NonCommercial): Pas d’utilisation Commerciale // SA (ShareAlike) : partage à l’identique)

L’année dernière, tu as fait tes premiers concerts. Quel bilan en tires-tu ?

J’avais déjà une dizaine d’années d’expérience de la scène (notamment avec le groupe Lion Stepper). La scène n’était donc pas une découverte en soi. Néanmoins, il n’y avait eu aucun concert Dubamix depuis la création du projet en 2004 car j’étais alors seul sur ce projet et je ne m’imaginais pas arriver sur scène et appuyer sur la touche « play » !

Pour que les lives aient lieu, le « projet » Dubamix est devenu un groupe. Il comprend désormais Bonj (ingénieur du son, qui lance des effets en live), Buss (VideoJockey, il déclenche des vidéos et leur applique des effets), Niko (éclairagistre), Nina (qui nous trouve des dates de concerts), et moi-même (instruments et sampler). On a beaucoup travaillé pour créer un live audiovisuel, où il y a des interactions possibles entre nous (un son peut déclencher une vidéo par exemple). Ainsi, les musiques ont beaucoup évolué par rapport aux versions de l’album et sont différentes à chaque concert.

Au niveau des rencontres, le bilan a été très positif également. Cela nous a permis de discuter avec de nombreuses personnes qui luttent au quotidien contre l’exploitation, et ce de façon autogérée. Ça donne vraiment espoir de se rendre compte que nous ne sommes pas les seuls à vouloir combattre cette société régie par le fric et le profit et que des alternatives sont possibles (squats autogérés, AMAP, entraide, …)

On sent qu’il y’a des influences diverses dans ta musique. Te laisses-tu la possibilité d’évoluer vers un autre style que le dub ?

Oui bien sur, rien n’est figé ! (Ah mince, il faudra changer de nom, rires !) Mais, comme je le disais tout à l’heure, le dub (de même que le reggae) est un style de musique qui permet très facilement d’y mêler d’autres styles et puis surtout, c’est le style de musique qui me fait le plus vibrer !

Tu produis de la musique fortement marquée par l’engagement politique. Quel regard portes-tu sur la scène des musiciens engagés ?

Je ne sais pas s’il y a vraiment une « scène des musiciens engagés ». On peut mettre beaucoup de choses différentes derrière ce terme d’ « engagé ». Certains artistes se disent engagés, mais sont sur une major, se battent contre le téléchargement de musique par les internautes, et ne sont jamais dans les luttes, ne font jamais de concert de soutien, … Pour moi ce ne sont pas des artistes engagés mais des businessmen qui utilisent ce filon pour se faire de la thune tout en se donnant bonne conscience.

Je suis beaucoup plus sensibles aux groupes qui ne clament pas forcément leur engagement, mais qui le pratiquent. Je pense notamment à tous les netlabels de dub (citons par exemple ODG, FreshPoulpRecords, French Dub Released, …) qui mettent énormément d’albums en téléchargement gratuit et sous licence libre, sans forcément revendiquer un militantisme.

Mais il y a tout de même de nombreux groupes/musiciens qui allient les deux aspects pour notre plus grand plaisir ! Je pense entre autres à Kyma, Z.E.P ., Première Ligne (rap militant), les Ramoneurs de Menhirs (anarcho-punk breton), Guarapita, Los Tres Puntos (ska), …

Finalement Dubamix c’est plutôt un projet musical ou un projet politique ?

Pour nous, c’est plutôt les deux ! Après, les gens le prennent comme ils veulent. Certaines personnes que nous avons croisées sur les routes écoutent Dubamix plus pour l’aspect musical, d’autres pour l’aspect politique. Le but, c’est que des gens qui l’écoutent à la base pour l’aspect musical, se portent ensuite sur l’aspect politique et inversement… ! C’est entre autres pour cela que sur notre table de merchandising, on peut trouver aussi bien des CD’s d’autres que des livres et revues libertaires.

Pour finir, quels sont tes projets à venir ? Un deuxième album ?

Oui, un mini-album est en prévision… Cela avance doucement car nous avons été beaucoup accaparés par la préparation du live.

Pendant ce temps, on va continuer de tourner ! On a notamment des dates prévues à Nancy, Bruxelles, Limoges, Joyeuse (Ardèche), … Toutes les dates sont affichées sur le site internet (http://www.dubamix.net